L’activité d’achat-revente de marchandises constitue l’un des piliers du commerce moderne, générant un chiffre d’affaires de plus de 650 milliards d’euros en France selon l’Insee. Cette pratique commerciale, qui consiste à acquérir des biens pour les revendre en l’état ou après légère transformation, s’inscrit dans un cadre juridique précis défini par le Code de commerce français. Les entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans cette activité doivent maîtriser un ensemble complexe de règles fiscales, comptables et réglementaires. De la simple revente occasionnelle au négoce professionnel à grande échelle, chaque niveau d’activité implique des obligations spécifiques qu’il convient de respecter scrupuleusement pour éviter les sanctions administratives et optimiser sa rentabilité.
Statut juridique du commerçant revendeur selon le code de commerce français
Le statut juridique du commerçant revendeur découle directement des dispositions de l’article L121-1 du Code de commerce, qui définit les actes de commerce par nature. Cette qualification juridique entraîne des conséquences importantes sur le régime applicable à l’activité, notamment en matière de formalisme, de fiscalité et de responsabilité. Selon les statistiques de l’Insee, près de 3,9 millions d’entreprises exercent une activité commerciale en France, dont 78% relèvent du secteur de l’achat-revente de marchandises.
La notion de commerçant au sens juridique implique l’exercice habituel d’actes de commerce à titre de profession principale ou accessoire. Cette habitude distingue le commerçant professionnel de la personne qui effectue des ventes ponctuelles ou occasionnelles. L’article L121-2 du Code de commerce précise que la qualité de commerçant s’acquiert par l’exercice habituel d’une activité commerciale, indépendamment du volume des transactions réalisées.
Immatriculation obligatoire au registre du commerce et des sociétés (RCS)
L’immatriculation au RCS constitue une obligation légale pour tout commerçant exerçant une activité d’achat-revente dépassant certains seuils. Cette formalité, régie par les articles R123-1 et suivants du Code de commerce, doit être accomplie dans les quinze jours suivant le début de l’activité commerciale. Le défaut d’immatriculation expose le commerçant à une amende de 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive.
La demande d’immatriculation s’effectue désormais exclusivement via le guichet unique électronique de l’INPI depuis janvier 2023. Cette démarche dématérialisée simplifie les formalités en centralisant les déclarations auprès des différents organismes compétents. Le dossier d’immatriculation doit contenir les pièces justificatives réglementaires, notamment la déclaration de non-condamnation et l’attestation de domiciliation de l’entreprise.
Seuils de chiffre d’affaires pour les micro-entrepreneurs en négoce
Le régime de la micro-entreprise offre des avantages fiscaux et comptables significatifs pour les activités d’achat-revente, sous réserve du respect de seuils de chiffre d’affaires spécifiques. Pour l’année 2024, le seuil applicable aux activités de vente de marchandises s’élève à 188 700 euros hors taxes. Ce montant, indexé annuellement, conditionne l’accès aux régimes micro-fiscal et micro-social simplifiés.
Le dépassement de ces
seuils pendant deux années civiles consécutives entraîne la sortie du régime micro à compter du 1er janvier suivant. L’entrepreneur bascule alors vers un régime réel d’imposition, impliquant une comptabilité complète (bilan, compte de résultat, annexes) et une gestion plus lourde de la TVA. Il est donc essentiel d’anticiper ces seuils, surtout dans les activités de négoce à faible marge où les volumes peuvent augmenter rapidement.
En pratique, il peut être pertinent de suivre votre chiffre d’affaires mois par mois et de projeter vos ventes sur l’année pour éviter un dépassement non maîtrisé. Dès lors que vous approchez des 70 à 80 % du plafond, il est conseillé de prendre conseil auprès d’un expert-comptable pour envisager, le cas échéant, une évolution vers une société (SARL, SAS) ou une entreprise individuelle au réel. Cette anticipation vous permettra de préserver vos marges commerciales tout en restant en conformité avec le cadre légal.
Régime fiscal BIC (bénéfices industriels et commerciaux) applicable
Les activités d’achat-revente de marchandises relèvent, par nature, de la catégorie des BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux) au regard de l’impôt sur le revenu. Que vous exerciez en nom propre sous régime micro-entreprise ou au réel, vos résultats seront donc imposés selon les règles applicables aux commerçants. En micro-BIC, l’administration applique un abattement forfaitaire de 71 % sur le chiffre d’affaires annuel pour tenir compte des charges, avec un minimum de 305 euros.
Concrètement, cela signifie que seule la fraction résiduelle, soit 29 % du chiffre d’affaires, est intégrée dans votre revenu imposable. Cet abattement est particulièrement intéressant si vos charges réelles (achats, loyers, frais logistiques) restent inférieures à 71 % de vos recettes. À l’inverse, dans une activité de négoce à forte intensité de charges (importation, gros stocks, transport coûteux), un passage au régime réel BIC peut devenir plus favorable car il permet de déduire l’ensemble des frais effectivement supportés.
Par ailleurs, les commerçants revendeurs peuvent, sous conditions de revenu fiscal de référence, opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu. Dans ce cas, un pourcentage de 1 % du chiffre d’affaires est prélevé en même temps que les cotisations sociales, ce qui permet de lisser la charge fiscale et de simplifier la trésorerie. Cette option doit toutefois être analysée avec prudence, car elle est définitive pour l’année et peut se révéler moins intéressante si votre taux marginal d’imposition est faible.
Obligations comptables spécifiques aux activités de revente
Les obligations comptables du commerçant revendeur varient selon qu’il relève du régime micro ou du régime réel, mais un socle commun demeure : la traçabilité des flux financiers et de marchandises. En micro-entreprise, vous devez tenir au minimum un livre des recettes, détaillant chronologiquement l’ensemble des encaissements (date, montant, origine, mode de règlement), ainsi qu’un registre des achats pour les activités d’achat-revente. Ces documents doivent être conservés pendant au moins dix ans.
Au régime réel, les exigences sont plus proches de celles d’une « grande » entreprise. Vous devez enregistrer toutes les écritures comptables dans un journal, établir chaque année un inventaire physique des stocks, produire un bilan et un compte de résultat, et conserver les pièces justificatives (factures d’achats, factures de ventes, contrats) en support. La valorisation des stocks (coût d’achat, méthode FIFO ou CUMP) devient un enjeu majeur, car elle influe directement sur la détermination du résultat fiscal et donc sur le montant de l’impôt.
Dans les deux cas, un suivi rigoureux des marges commerciales est fortement recommandé. Il ne s’agit pas uniquement de respecter la loi, mais aussi de piloter votre activité : quel est votre taux de marge par gamme de produits ? Quels articles génèrent le plus de bénéfices ? Sans ces indicateurs, vous pilotez votre commerce « à vue », au risque de vendre à perte sur certaines références.
Réglementation TVA et facturation en achat-revente de marchandises
La TVA constitue l’un des principaux enjeux techniques des activités d’achat-revente. Selon la nature des biens (neufs ou d’occasion), l’origine des fournisseurs (France, UE, hors UE) et le profil des clients (particuliers ou professionnels), les règles diffèrent sensiblement. Une mauvaise application de la TVA peut entraîner des redressements importants, d’où l’importance de maîtriser les mécanismes de base avant de développer son activité de négoce.
Application du régime de TVA sur la marge pour les biens d’occasion
Pour la revente de biens d’occasion, le Code général des impôts prévoit un régime particulier : la TVA sur la marge (articles 297 A et suivants). Ce dispositif s’applique notamment lorsque vous achetez des biens d’occasion à des particuliers non assujettis à la TVA, ou à des assujettis ayant eux-mêmes appliqué ce régime. Dans ce cas, la TVA n’est pas calculée sur l’intégralité du prix de vente, mais uniquement sur la marge réalisée, c’est-à-dire la différence entre le prix de revente et le prix d’achat.
Ce régime présente un intérêt économique évident pour les revendeurs de véhicules d’occasion, de matériel informatique reconditionné, de mobilier ou de produits de luxe de seconde main. Il permet de rester compétitif tout en respectant les obligations fiscales. Attention toutefois : la TVA sur la marge est optionnelle et suppose une comptabilité des achats et ventes suffisamment détaillée pour justifier le calcul de la marge article par article ou par lot. Une mauvaise tenue de ces informations peut remettre en cause le bénéfice du régime en cas de contrôle.
Sur les factures émises dans le cadre de ce régime, il est interdit de faire apparaître le montant de la TVA. Seule une mention telle que « Régime particulier – Biens d’occasion – TVA sur la marge » doit figurer. Là encore, une erreur de formulation peut être source de contestation, d’où l’intérêt d’utiliser un modèle de facture conforme ou un logiciel de facturation agréé.
Déductibilité de la TVA sur achats selon l’article 271 du CGI
L’article 271 du Code général des impôts pose le principe fondamental de la déductibilité de la TVA. En tant que commerçant revendeur assujetti, vous pouvez déduire la TVA grevant vos achats de biens et de services utilisés pour les besoins de votre activité (achats de marchandises, frais de transport, loyers, honoraires). Cette TVA déductible vient en diminution de la TVA collectée sur vos ventes, la différence constituant le montant à reverser à l’État ou, le cas échéant, un crédit de TVA.
Pour que la TVA soit déductible, trois conditions cumulatives doivent être réunies : l’achat doit être nécessaire à l’exploitation, la facture doit être régulière et libellée à votre nom ou à celui de votre société, et vous ne devez pas être placé sous le régime de la franchise en base de TVA. Les micro-entrepreneurs en franchise ne peuvent donc pas récupérer la TVA sur leurs achats, ce qui peut peser lourdement sur les marges lorsque les fournisseurs facturent TTC.
En pratique, de nombreux commerçants choisissent de sortir de la franchise de TVA dès que leur volume d’achats devient significatif, même sans dépasser les seuils. C’est un peu comme accepter de porter un sac à dos plus lourd (les obligations déclaratives) pour pouvoir récupérer les « provisions » que sont les TVA payées à vos fournisseurs. L’arbitrage doit être fait en fonction de la structure de coûts et du profil de clientèle (B2B ou B2C).
Mentions obligatoires sur factures de revente conformément à l’article 242 nonies A
L’article 242 nonies A de l’annexe II au CGI fixe la liste des mentions obligatoires devant figurer sur les factures. Leur respect est indispensable, tant pour la conformité fiscale que pour la protection de vos droits en cas de litige. Une facture doit notamment comporter l’identité complète du vendeur (dénomination, adresse, numéro SIREN/SIRET), celle du client lorsque c’est un professionnel, le numéro de facture unique et chronologique, la date d’émission, la description précise des biens livrés, les prix unitaires hors taxe, les taux et montants de TVA, ainsi que le total TTC.
Selon le régime de TVA applicable, des mentions spécifiques doivent être ajoutées. Par exemple, en franchise en base, la formule « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » est obligatoire. En TVA sur marge, on indiquera le régime particulier sans faire apparaître la TVA. En commerce intracommunautaire B2B, le numéro de TVA intracommunautaire du client doit figurer, accompagné de la mention relative à l’autoliquidation de la TVA le cas échéant.
Au-delà de l’aspect juridique, une facture claire et complète renforce votre image de professionnel sérieux. Elle rassure vos clients, facilite leur propre comptabilité et limite les contestations. Là encore, un logiciel de facturation à jour des dernières obligations légales (facturation électronique obligatoire progressive à partir de 2026) constitue un investissement rapidement rentabilisé.
Gestion de l’autoliquidation TVA en commerce intracommunautaire
Dans le cadre d’échanges de marchandises au sein de l’Union européenne, la règle de l’autoliquidation de la TVA joue un rôle clé. Lorsqu’un assujetti français achète des biens à un fournisseur établi dans un autre État membre, il réalise une acquisition intracommunautaire. La TVA n’est pas facturée par le fournisseur étranger si le client communique son numéro de TVA intracommunautaire ; c’est l’acheteur français qui doit autoliquider la TVA en France, en la déclarant simultanément en TVA collectée et en TVA déductible (si le droit à déduction existe).
Symétriquement, lorsque vous vendez des biens à un client assujetti établi dans un autre État membre, la livraison intracommunautaire est en principe exonérée de TVA française, à condition de détenir la preuve de la sortie des biens du territoire et le numéro de TVA valide de votre client. La facture doit alors mentionner « Exonération de TVA – article 262 ter I du CGI – Autoliquidation par l’acquéreur ». Une bonne analogie consiste à voir l’autoliquidation comme un « miroir » fiscal : ce n’est plus le vendeur qui gère la TVA, mais l’acheteur dans son propre pays.
Ces opérations impliquent également des obligations déclaratives spécifiques, comme le dépôt de la déclaration européenne de services (DES) ou la Déclaration d’échanges de biens (DEB) pour certains flux. En cas de manquement, des sanctions administratives peuvent être appliquées, même si la TVA due est nullement contestée. Pour toute activité d’achat-revente avec fournisseurs ou clients européens, un accompagnement ponctuel par un spécialiste de la TVA internationale est donc fortement recommandé.
Traçabilité et documentation des flux de marchandises
La traçabilité des flux de marchandises est devenue un enjeu central dans les activités d’achat-revente, tant pour des raisons fiscales que sanitaires et douanières. Concrètement, il s’agit de pouvoir reconstituer, à tout moment, le « parcours » d’un produit depuis son fournisseur initial jusqu’au client final. Cette exigence est particulièrement forte dans certains secteurs (alimentaire, jouets, produits électriques, pièces détachées automobiles), mais elle concerne désormais la quasi-totalité du commerce.
Sur le plan pratique, cette traçabilité repose sur la conservation systématique des documents d’achat (factures, bons de commande, contrats, certificats de conformité) et des documents de vente (factures clients, bons de livraison, preuves d’expédition). Les registres de stocks, qu’ils soient tenus manuellement ou via un logiciel, doivent permettre d’identifier les entrées et sorties de chaque référence ou lot. En cas de rappel de produits, par exemple, cette capacité à localiser rapidement les lots concernés peut éviter une crise majeure avec vos clients et les autorités.
Dans certaines activités de revente de biens d’occasion ou de métaux précieux, la réglementation impose en outre la tenue d’un livre de police ou registre spécifique, comportant l’identité des vendeurs, la description des biens et les conditions d’achat. Ne pas tenir ce registre, ou le tenir de manière lacunaire, expose à des sanctions pénales. Enfin, la digitalisation croissante des chaînes d’approvisionnement (codes-barres, QR codes, RFID) offre aux commerçants des outils puissants pour renforcer la traçabilité tout en gagnant en efficacité logistique.
Garanties légales et responsabilité du revendeur professionnel
En tant que revendeur professionnel, vous n’êtes pas seulement un intermédiaire entre le fournisseur et le client final : la loi vous considère comme pleinement responsable de la conformité des biens vendus. Que vous exerciez en B2C ou en B2B, plusieurs régimes de garantie et de responsabilité s’appliquent automatiquement, indépendamment des conditions contractuelles que vous avez pu rédiger. Ignorer ces règles reviendrait à jouer à la roulette russe juridique avec votre activité.
Application de la garantie de conformité selon l’article L217-4 du code de la consommation
Pour les ventes conclues avec des consommateurs, la garantie légale de conformité prévue aux articles L217-3 et suivants du Code de la consommation (anciennement L217-4) est d’ordre public. Elle impose au vendeur professionnel de livrer un bien conforme au contrat, c’est-à-dire correspondant à la description, propre à l’usage habituellement attendu d’un bien semblable et présentant la qualité et les performances annoncées. Depuis la réforme entrée en vigueur en 2022, la durée de cette garantie est de deux ans pour les biens neufs comme pour les biens d’occasion.
Durant cette période, le consommateur peut demander la réparation ou le remplacement du bien non conforme, voire, à défaut, la réduction du prix ou la résolution du contrat. Sauf preuve contraire, tout défaut de conformité apparaissant dans les 24 mois suivant la délivrance est présumé exister au jour de la délivrance, ce qui renforce considérablement la position du client. En pratique, cela implique pour le revendeur d’être particulièrement vigilant sur la qualité des produits qu’il introduit dans sa chaîne commerciale, sous peine de devoir assumer des coûts de SAV importants.
Vous avez l’obligation d’informer clairement vos clients de l’existence de cette garantie légale de conformité, notamment dans vos conditions générales de vente (CGV) et sur vos supports d’information. Toute clause tendant à limiter ou exclure cette garantie est réputée non écrite. Pour les activités de revente de biens d’occasion, il peut être utile de compléter la garantie légale par une garantie commerciale adaptée (par exemple 6 ou 12 mois), afin de rassurer l’acheteur tout en maîtrisant vos engagements.
Garantie contre les vices cachés en revente de produits d’occasion
En parallèle de la garantie de conformité, le Code civil (articles 1641 et suivants) institue une garantie contre les vices cachés applicable à toutes les ventes, qu’elles soient B2B ou B2C, et quel que soit le type de bien (neuf ou d’occasion). Un vice caché est un défaut grave, non apparent au moment de la vente, qui rend le bien impropre à l’usage auquel on le destine ou en diminue tellement l’usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquis, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il l’avait connu.
Dans le cadre de la revente de produits d’occasion, cette garantie revêt une importance particulière. Même si le bien a déjà servi, vous restez responsable des défauts graves que vous ne pouviez ignorer en tant que professionnel. L’acheteur dispose d’un délai de deux ans à compter de la découverte du vice pour agir en justice, avec la possibilité de demander l’annulation de la vente (action rédhibitoire) ou une réduction du prix (action estimatoire), voire des dommages et intérêts si vous êtes considéré comme de mauvaise foi.
Pour limiter les risques, il est recommandé de procéder, avant la mise en vente, à des tests et contrôles rigoureux des produits d’occasion, de documenter ces contrôles, et de décrire honnêtement dans l’annonce ou la fiche produit l’état réel du bien (rayures, usure, réparations antérieures). Une transparence accrue au moment de la vente réduit la probabilité que le défaut soit qualifié de « caché » ultérieurement.
Responsabilité du fait des produits défectueux selon la directive 85/374/CEE
La directive 85/374/CEE, transposée en droit français aux articles 1245 et suivants du Code civil, instaure un régime de responsabilité du fait des produits défectueux. Elle vise principalement le producteur, mais peut également concerner le distributeur ou le revendeur lorsque le producteur ne peut être identifié. Un produit est considéré comme défectueux lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre, compte tenu de toutes les circonstances.
Dans ce cadre, un client victime d’un dommage corporel ou matériel causé par un produit défectueux peut rechercher la responsabilité de la chaîne de distribution. Le revendeur professionnel ne peut donc pas se retrancher derrière son fournisseur pour échapper totalement à ses obligations. Il doit, à minima, être en mesure d’identifier et de contacter le producteur, de tracer les lots concernés et, le cas échéant, d’organiser un rappel de produits.
Pour réduire votre exposition, il est judicieux de sélectionner des fournisseurs fiables, d’exiger des certificats de conformité (marquage CE, normes applicables), et de souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle incluant une garantie « produits livrés ». Cette couverture jouera le rôle de filet de sécurité financier en cas de sinistre grave lié à un produit défectueux.
Obligations d’information précontractuelle en B2C et B2B
Avant la conclusion d’un contrat de vente, le revendeur professionnel doit fournir un certain nombre d’informations au client, conformément au Code de la consommation (en B2C) et, de plus en plus, aux principes de bonne foi contractuelle en B2B. En vente à distance ou hors établissement, ces obligations d’information précontractuelle sont encore renforcées : caractéristiques essentielles du bien, prix TTC, modalités de paiement et de livraison, existence du droit de rétractation, garanties légales, coordonnées complètes du vendeur, etc.
En B2C, l’absence ou l’insuffisance d’information peut entraîner des sanctions administratives, la nullité du contrat ou l’extension du délai de rétractation. En B2B, même si le formalisme est moins strict, une information claire et loyale réduit considérablement les litiges ultérieurs sur la nature du bien livré, son adéquation aux besoins du client ou les conditions de garantie. En pratique, vos CGV et vos fiches produits constituent le support principal de ces informations ; il est donc crucial de les rédiger avec soin et de les mettre à jour régulièrement.
On peut voir ces obligations d’information comme un « mode d’emploi » contractuel : plus il est complet et compréhensible, moins vous aurez de questions, de réclamations et de contentieux. À l’inverse, des zones d’ombre dans vos documents commerciaux sont souvent le point de départ de désaccords coûteux en temps et en énergie.
Optimisation fiscale et comptable des marges commerciales
Au-delà du simple respect des obligations, la maîtrise des règles fiscales et comptables permet d’optimiser vos marges commerciales. Dans un secteur de l’achat-revente souvent très concurrentiel, quelques points de marge gagnés grâce à une meilleure organisation financière peuvent faire la différence entre une activité florissante et un commerce en difficulté. L’optimisation ne signifie pas « bricoler » avec la loi, mais utiliser intelligemment les options offertes par le droit fiscal.
Un premier levier consiste à choisir le bon régime d’imposition (micro-BIC, réel simplifié, réel normal) en fonction de votre structure de coûts. Si vos achats et charges représentent une part importante de votre chiffre d’affaires, le régime réel, qui permet la déduction intégrale des dépenses et l’amortissement des immobilisations (mobilier de magasin, véhicule utilitaire, matériel informatique), sera souvent plus avantageux malgré une gestion plus lourde. À l’inverse, pour un revendeur fonctionnant en flux tendu, avec peu de frais fixes, le micro-BIC peut rester pertinent.
Un second levier est la gestion fine des stocks. Une valorisation juste et régulière des stocks permet d’éviter de « gonfler » artificiellement votre résultat fiscal ou, au contraire, de minorer excessivement vos marges. L’utilisation de méthodes reconnues (FIFO, CUMP) et d’un logiciel de gestion de stock fiable facilite ce travail. Enfin, la séparation claire entre vos dépenses professionnelles et vos dépenses personnelles, via un compte bancaire dédié et une discipline de classement des pièces, reste la base d’une optimisation sereine : vous gagnez du temps, vous limitez les risques de redressement et vous disposez d’une vision réelle de la rentabilité de votre négoce.
Conformité réglementaire sectorielle en négoce spécialisé
Selon le type de marchandises que vous achetez et revendez, des réglementations sectorielles spécifiques peuvent s’appliquer, en plus du droit commun du commerce. Vente de denrées alimentaires, de produits cosmétiques, de jouets, d’équipements électriques, de médicaments vétérinaires, de véhicules : chaque secteur possède son propre corpus de normes techniques, d’exigences d’étiquetage, de règles de sécurité et parfois de certifications obligatoires.
Par exemple, la revente de denrées alimentaires impose le respect du paquet hygiène, la mise en place de procédures HACCP et, souvent, une déclaration ou un agrément sanitaire. Le négoce de jouets et de produits pour enfants nécessite le respect des normes européennes EN 71 et un marquage CE valide. La revente de matériel électrique ou électronique implique des obligations liées aux déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et à l’éco-participation. Quant au commerce de véhicules d’occasion, il suppose le respect des règles relatives au contrôle technique, à la carte grise et à l’information sur le kilométrage.
Face à cette mosaïque réglementaire, la meilleure approche consiste à se rapprocher des organismes compétents de votre secteur (DGCCRF, DDPP, chambres consulaires, fédérations professionnelles) avant de se lancer. Ils pourront vous fournir des guides pratiques, des listes de contrôle et parfois des formations spécifiques. En définitive, la conformité sectorielle ne doit pas être vue comme une contrainte purement administrative, mais comme un argument de confiance auprès de vos clients : en prouvant que vos produits respectent les normes en vigueur, vous renforcez la crédibilité et la pérennité de votre activité d’achat-revente.
